MAIS QUEL RÔLE
PEUT JOUER L’OREILLE ?


Notre système nerveux dispose de cinq fenêtres, les cinq sens (vision, audition, odorat, goût, somesthésie), qui sont nos ouvertures sur l’extérieur. L’oreille est une de ces fenêtres et sera le vecteur de la méthode. L’audition ou plus exactement « l’écoute » est un processus actif, détaillé dans « La clé des sons » du docteur Bernard Auriol. (Editions Eres.http://auriol.free.fr).

Cette écoute active est influencée par de nombreux facteurs psychologiques ainsi que par les dysfonctionnements des organes. Le docteur Bérard a montré que les personnes dont l’audiométrie porte une pointe à 2000 Hertz et une autre à 8000 Hz présentent un état dépressif.

Voici comment l’écoute est modulée par les facteurs psychologiques et somatiques : L’oreille moyenne comporte 3 minuscules osselets qui assurent une amplification des sons reçus par le tympan et transmis à l’oreille interne. La vibration sonore est, selon Bekesy, multipliée en moyenne par 22, soit un gain de 27 décibels. Deux muscles régulent la fonction de transmission de la chaîne des osselets : le muscle du marteau est tenseur du tympan et augmente la pression dans l’oreille interne, le muscle de l’étrier agit inversement. Ces muscles agissent comme des adaptateurs d’impédance, ils protègent des sons trop forts et favorisent la transmission des sons très faibles. Le muscle de l’étrier favorise les sons aigus, celui du marteau favorise les sons graves. Pendant un audiogramme, ces deux muscles nous permettent de « tendre l’oreille », modulant les seuils auditifs selon les différentes fréquences proposées. Dans la vie courante, le muscle de l’étrier, par sa mise en tension, améliore de 50 décibels l’écoute de la parole humaine lorsqu’elle est noyée dans un bruit ambiant important. (Borg, 1989).

Le cerveau (thalamus et aires temporales corticales) sensibilise notre oreille interne, la cochlée, à tel ou tel son. Les commandes sensibilisantes arrivent à la cochlée par les fibres efférentes de Rasmussen. Ces fibres peuvent atténuer les perceptions de 20 décibels en contractant les fibres musculaires des cellules ciliées externes. Le cerveau module donc la sensibilité de l’audition.

L’écoute est modelée par les expériences sensorielles et affectives, ressenties et vécues au cours de la vie antérieure, de l’intégralité de cette vie depuis la naissance, et même depuis la 24 à 28 ème semaine de grossesse.
Le fœtus, en contradiction avec les affirmations erronées de Tomatis, entend les fréquences graves* (100 à 500Hz) aussi bien que s’il n’était
pas dans le ventre de sa mère.Vers 4000 Hz, l’atténuation est de 10 à 20 dB, et au-delà, pour les fréquences aigues, elle atteint 30 à 35 dB. Ces engrammes affectifs et sensoriels influent sur la capacité du cerveau à discerner par exemple pour une mère, les bruits minimes de son nourrisson la nuit, et sa capacité de ne pas entendre les passages réguliers des trains. L’état actuel du sujet influence son écoute, sur l’intégration des sons par les aires auditives du cerveau. L’anxiété, la dépression, le manque de confiance en soi et les autres affects modifient le seuil d’écoute des différentes fréquences proposées lors des tests. L’audiogramme est donc un test psychoacoustique. Le Docteur Bernard Auriol écrit : « il apparaît que toute activité cérébrale concomitante interfère avec ce qui entendu, le modifie qualitativement ou/et quantitativement, jusqu’aux extrêmes de l’hyperacousie lors de « l’audition divine » de certaines techniques spirituelles (Milstein, 1977) ou, au contraire, de la quasi-surdité, lors de l’obstruction sensorielle due à une émotion trop forte ».

Les tensions musculaires, cervicales par exemple, ou encore une
gastrite influencent la capacité à « tendre l’oreille » sur certaines fréquences. Les perturbations somatiques se répercutent sur la capacité auditive. A l’inverse, il est facile d’imaginer que l’écoute des sons,des paroles,des musiques au travers d’une audition perturbée alimente le cerveau de façon anormale et une boucle délétère se perpétue. C’est comme si l’on regardait la vie au travers d’un prisme déformant et que l’on réagissait en fonction cette vision déformée. Au total, le test d’écoute est à la fois le reflet de ce qui se passe dans l’oreille, le système nerveux et notre corps et de leurs influences réciproques. *(J-P.Lecanuet et revue de la littérature).
DOCTEUR J-M. ISSARTEL