Basée sur les corrélations constatées entre le test auditif d’un individu et son comportement, l’audiothérapie hipérion permet d’initier un changement ou de passer un cap difficile.

Si l’on s’en tient aux apparences, Gabriel, treize ans, a tout du mâle solide. Avec son mètre quatre vingt-dix et ses quatre-vingt-cinq kilos, cet adolescent aime plus que tout les démonstrations viriles que lui autorise un terrain de rugby où il ne craint personne. Mais les apparences sont, on le sait, souvent trompeuses et cette énorme carcasse dissimule, en fait, un enfant effacé, complexé par sa stature et d’une timidité quasi maladive. A un âge où l’on est souvent tiraillé entre la volonté de mûrir et les réticences à évoquer ses problèmes devant un tiers, Gabriel se referme et vit à l’écart de ses camarades jusqu’au jour où l’un d’entre eux lui vante les mérites de la musicothérapie en ces termes : « je t’assure, il n’y a même pas besoin de parler au thérapeute ».

Pendant les vacances de février, Gabriel vient donc deux fois par jour écouter de la musique filtrée, soit au total dix heures de cure sonique étalées sur deux semaines. Chaque jour, il sent ce qui l’étreignait lâcher prise un peu plus : son thorax se libère, ses mâchoires sont moins crispées. Quand arrivent les vacances de Pâques, il participe à un concours de chant sur la plage et voilà que lui qui, à peine six semaines plus tôt était timide au point de ne pas demander l’heure, se lance en public dans une chanson dont il ne connaît même pas les paroles et remporte le premier prix. Aujourd’hui, dix ans plus tard, Gabriel ne garde qu’un vague souvenir du complexe qui le rongeait…

Cette histoire de timidité disparue en moins de deux mois serait un peu trop belle pour être vraie (et par là même crédible) si la thérapie par laquelle elle est devenue possible ne s’appuyait pas sur des bases solides et réelles. Audition égale comportement : le titre de l’ouvrage du docteur Guy Bérard est également le postulat à partir duquel a été développée l’audio thérapie. Des années de travail et l’observation de plus de 8000 patients lui ont confirmé ce qui n’était au départ qu’une hypothèse à savoir que « le comportement de l’être humain est conditionné par la façon dont celui-ci entend » et qu’il y a un parallèle entre « d’une part, la qualité exacte de la perception du monde sonore extérieur et, d’autre part, la manière d’être, d’agir, de réagir ».

Cette corrélation entre test d’écoute et état psychologique a amené ce médecin à mettre au point un système permettant la correction des altérations auditives par le biais de musique « filtrée » ; d’autres après lui ont travaillé à perfectionner et à affiner ce système pour aboutir à la génération d’appareils utilisés dans la cure sonique Hipérion.

Nous reviendrons en détails dans un prochain article sur les modalités de la cure ainsi que sur le fonctionnement de ces appareils mais ce qui nous importe aujourd’hui est de montrer que, si les moyens ont été améliorés, le principe est toujours de corriger les distorsions auditives constatées chez le patient : en effet, à des pics d’hyper ou d’hypo-audition correspondent, selon les fréquences auxquelles ils sont observés, des caractéristiques psychiques (timidité, tendance dépressive) ou physiques (allergie) données et ce chez l’ensemble des sujets étudiés. Agir sur ces pics, les « corriger » permet donc d’intervenir sur les caractéristiques en question. C’est ainsi que s’explique le côté « guérison miraculeuse » de l’exemple rapporté plus haut.


Le cas de Patrick illustre lui aussi très bien le pouvoir de « déblocage » de l’audio thérapie. A trente ans, il traîne une dépression latente depuis une dizaine d’années, figé qu’il est dans une carrière de dessinateur industriel choisie pour répondre aux désirs de son père alors qu’il est convaincu depuis l’enfance que sa vocation est d’être un artiste comique. Son malaise, son incapacité à changer lui font accepter sans enthousiasme le principe d’une cure d’audiothérapie. A sa plus grande surprise, au milieu de la deuxième semaine de musique filtrée, il commence à s’ouvrir, sent l’espoir renaître et se remet à écrire des sketchs. Deux mois plus tard, lorsqu’il se présente pour le test de contrôle, il a pris des contacts dans le milieu du spectacle. Trois ans après la cure, alors que je passe devant un célèbre cabaret de la rue Dauphine à Paris, une photo attire mon regard : Patrick est en haut de l’affiche ! Si ces deux histoires montrent de manière frappante à quel point la cure d’audiothérapie peut aider à initier le changement, donner en quelque sorte l’impulsion nécessaire à ce dernier, il serait évidemment à la fois naïf et faux d’imaginer que cette impulsion puisse suffire à résoudre comme par magie un problème profond. Elle peut en revanche mettre à jour la nécessité d’un travail sur soi et inciter le patient à pousser la porte d’un thérapeute.

- DOCTEUR J-M. ISSARTEL